4ème de couverture :
"Depuis le milieu des années 1990, la notion de guerres de mémoires
s’affirme dans le débat public. Les termes de « repentance » et de « lois
mémorielles » sont entrés dans le discours politique et la « mémoire » devient
un enjeu du présent. Les médias, les historiens, et les responsables politiques
s’engagent et certains évoquent même un risque de débordement mémoriel, en
particulier à propos de l’histoire coloniale. De nouveaux enjeux émergent autour
des héritages de Mai 68 ou de Vichy ; le souvenir de la Grande Guerre, celui de
la Shoah questionnent toujours le présent sur la manière d’appréhender et de
commémorer le passé.
Ces différents protagonistes ont largement mobilisé les
médias, anciens et nouveaux, saturant parfois l’espace public. Pourtant, en
France, le XIXe puis le XXe siècle ont été, génération
après génération, une longue suite de conflits mémoriels qui ont permis à ce
pays de faire entrer le passé dans le présent.
C’est ce que montre, sur
l’ensemble du XXe siècle, cet ouvrage réunissant historiens,
politologues, anthropologues ou sociologues, en offrant un regard panoramique et
sur le rôle majeur joué dans ces controverses par les différents acteurs de la
mémoire. Comprendre les mécanismes, enjeux et stratégies médiatiques des
guerres de mémoires, c’est comprendre comment fonctionne notre société et
son rapport au passé ; mais c’est, aussi, une manière de donner une histoire à
ces conflits."
Très bon bouquin. qui ouvre sur cette citation :
«
Gardons-nous de l’activisme mémoriel qui semble, à chacune de ses éruptions,
redécouvrir à neuf ce qui est su depuis longtemps, et, incapable de regarder en
face l’immensité de la perte, s’ingénie à ouvrir des chemins secondaires qui
instituent l’oubli plus que la mémoire. » Claude Lanzmann, « Le mort
saisit le vif », Le Monde, 19
février 2008.
Cette mise au point, ensuite, sur le travail de l'historien :
page 12 : Trouver la « juste
mémoire » entre répétition des guerres anciennes dans le présent et
effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé. (…)
12-13 : Le travail
historique aide à sortir de ce dilemme entre trop-plein et absence de
mémoires. ). L’historien qui cherche à expliquer l’événement n’est pas un juge
imposant un verdict définitif à la place de la société. Il maintient ouverte la
porte des controverses citoyennes, car il prête attention aux conditions de son
époque pour sortir de la rumination du passé et des blessures mémorielles.
et encore
16 :
la mémoire – un « vécu» qui
sacralise les souvenirs en les mythifiant – et l’histoire – une construction «
savante» fondée sur un discours critique offrant certes une « sélection des
faits » mais aussi une structuration du récit. Cette césure nette
cherchait à éviter les amalgames, à lever les préventions et à familiariser les
historiens à 1’« exercice de la mémoire ». Pierre Vidal-Naquet rappelait
également que « l’histoire est aussi faite de mémoire » et qu’il ne fallait pas
chercher en permanence à les opposer. Cela aurait dû éviter bien des écueils
dans les décennies qui ont suivi.
Ne pas confondre avec la Mémoire qui peut être définie ainsi :
46 : De fait, la mémoire est
surtout « une histoire encore chaude » (…) une « arme » qu’exhibe le
politique pour fixer « sa » ligne de partage idéologique.
je finirai avec cette citation d'Olivier Wievorka :
106 : « Des décennies
durant, la propagande a été présentée comme un viol des masses, avant que les
historiens ne s’aperçoivent que son impact dépendait de sa capacité à formuler
les attentes de l’opinion. Un tel constat s’applique sans doute à la mémoire.
Façonnées par une pluralité de vecteurs, ses métamorphoses sont d’abord et
avant tout les produits d’une société
qui, au fil de ses attentes, accepte, métabolise ou rejette les
représentations de son passé. »
Ce qui vaut pour la Mémoire (collective) vaut pour les récits de souvenirs (mémoire autobiographique) ? A voir à la rentrée dans "La mémoire de la Revanche en 1914".
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