Souvenirs, Mémoire et Histoire

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L'Europe de Barnavi

Avr13_azm1339"L'Europe souffre d'un déficit d'Histoire, pas d'un déficit de mémoire" (in Télérama, 7 janvier 2009, p.39).

Une formule qui me paraît fort bien trouvée et qui a toute sa place sur ce blog.

L'article de référence est, par ailleurs, fort riche en réflexions intéressantes. Je citerai en particulier :

Pour mes élèves de Terminales LES, écho du cours d'avant les vacances de Noël :
"... d'autant que chaque fois que quelque chose va mal on pointe le doigt sur Bruxelles. Comme si Bruxelles n'était pas une émanation des États eux-mêmes"
ou
"...ce fameux couple franco-allemand, qui fut, remarquez-le, toujours représenté par des hommes politiques de sensibilités divergentes : de Gaulle et Adenauer, Schmidt et Giscard, Mitterrand et Kohl..."

et encore

"Arrêtez de proposer aux peuples la ratification de livres illisibles (...) encouragez les listes transnationales (...) faites voter tous les Européens le même jour...".

A lire, bien sûr : "L'Europe frigide", André Versaille éditeur.

"Etre européen, c'est avoir la nostalgie de l'Europe" (Milan Kundera).
Cette nostalgie, selon Barnavi, se nourrit d'un rêve déjà ancien : celui de construire un espace unifié héritiers de tous ceux qui l'ont habité, imaginé, cultivé... Une histoire, déjà, pas européenne, mais susceptible de fomentger un Devoir de Mémoire d'aujourd'hui, celui qui nous donnerait mission de construire ce rêve de paix et de prospérité dont nous sommes les héritiers et de lui donner une histoire, enfin ... ?

"L'Europe souffre d'un déficit d'Histoire, pas d'un déficit de mémoire" .
Mais l'espace européen dispose d'une riche histoire, où puiser la force de traduire le trop plein de Mémoire pour en faire une belle Histoire... On peut toujours rêver, non ?


 

 

Rédigé le 07/01/2009 à 13:56 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

La vie et son récit

2758"La vie est moins logique que ce qu'on en fait quand on la raconte" (Laurent Cantet)

Toute la problématique du "récit de souvenirs" résumée en une seule phrase !?

Le récit consiste toujours à définir une logique là où il n'y en avait pas. Individuelle ou collective, l'histoire est toujours une construction... irréelle !

Une littérature ? Un art ? Le "roman national" disent à juste titre les historiens !

Le civisme commande de rester vigilant face à tout récit portant sur le passé : il est forcément "faux" en tant que écho du passé. Mais il est "vrai" en tant que fait du temps de la narration ! :)


Rédigé le 12/11/2008 à 18:33 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

1870 - 1968 : le grand écart...

2020128187...selon François Mauriac qui jette un pont entre les générations du siècle !

"Aujourd’hui, il y a des prétextes nobles (le Vietnam) et d’autres qui le sont moins. En fait, c’est la jeunesse en tant que jeunesse qui veut entrer dans la carrière quand ses aînés y sont encore. La merveilleuse histoire de Castro, de Guevara, est à ses yeux comme une légende dorée qui serait vraie. J’imagine un de ces garçons refusant de s’attendrir sur les immolés de ma classe, pantalonnés de drap garance, et s’entretuant docilement parce que le kaiser, Edouard VII, les grands duc, MM. Poincaré, Delcassé et Clemenceau en avaient ainsi décidé. Il me dirait : « Vous vous êtes laissés façonner, vous autres, par les vaincus de 70 ; nous avons fini de laisser ceux de 40 nous mener par le nez. Ceux de 70 ont eu leur revanche sur votre dos. Nous ne serons pas si bêtes. »

Et, quelque part, Mauriac - qui ne semble pas avoir vu venir la crise de Mai si on se réfère à son seul bloc-notes ; et qui ne sut pas davantage en comprendre, à chaud, les ressorts - voyait juste sur un point : entre les générations "façonnés" et qui "consentirent" (pour reprendre les termes d'Audoin-Rouzeau et Becker, historiens de la Grande Guerre) et ceux qui ne voulaient pas être façonnés - même s'ils le furent quand même un peu - s'inscrit sans doute une petite parcelle de la vérité 68 !



Rédigé le 03/07/2008 à 16:37 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

Surenchère mémorielle

Cusset"La surenchère mémorielle dégrade l’histoire en boutique de souvenirs".

François Cusset in Contre-discours de Mai. Ce qu'embaumeurs et fossoyeurs de 68 ne disent pas à ses héritiers. Paris, Actes Sud, 2008 ; p.47.

A commenter ?  :)



Rédigé le 05/06/2008 à 16:53 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

Se souvenir pour prévoir ?

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"La faculté de prévoir appartient à celui qui se souvient." (Léon Bérard)

 

Peut-être ! Car – hors traumatisme et sachant que la mémoire biologique n’est qu’une machine à trier les souvenirs – celui qui « se souvient » énonce surtout ce qu’il choisit de retenir du passé !

Se souvenir n’est pas faire travail d’histoire !

La faculté de prévoir (annoncer le futur) en utilisant ce dont on « se souvient » (énonciation d’un passé) n’est que l’avatar dont se pare celui qui veut favoriser l’avènement (au temps présent) de ses désirs.



Rédigé le 04/06/2008 à 14:02 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

Mémoire et reconstruction

11809023781_gdsh_07_99Le numéro 7 des Grands dossiers de Sciences Humaines (été 2007) propose d'intéressants articles sur la mémoire.

Sous le titre : "Notre passé, une reconstruction perpétuelle", Renaud Persiaux  écrit : Les bribes de nos souvenirs s’associent de façons changeantes, de sorte que notre mémoire ne se répète jamais à l’identique. Notre mémoire est une véritable reconstruction active et dynamique (...) La reconstruction commence dès l’encodage des souvenirs : toutes les perceptions ne sont pas conservées. « Ne voir dans la mémoire qu’un enregistreur passif serait une erreur », confirme Martial Van der Linden. « Seuls s’y maintiennent durablement les événements ayant un lien avec nos buts et nos valeurs ; les autres, routiniers ou insignifiants, sont voués à l’oubli. » Et ces souvenirs sont loin d’être des représentations exactes de la réalité : ils sont souvent déformés".

Il précise encore :
"Selon la théorie de la reconsolidation, les souvenirs ne se stabilisent pas après leur encodage, mais, au contraire, leur réactivation les rend à nouveau fragile : on peut les effacer ou les modifier".
La reconsolidation se fait par le biais d'un tiers. Ce processus est fréquent et se fait souvent à notre insu. Nous croyons souvent nous souvenir ainsi de ce qui n'a pas tout à fait été ! "
Notre hippocampe reconstruit nos souvenirs à partir des perceptives et sémantiques que nous avons stockées. Voilà donc une troisième reconstruction, au moment de

la récupération. Par

trois fois au moins, au moment de l’encodage, de la (re)consolidation et de la récupération (rappel de souvenirs collectés par le biais d’un tiers) notre mémoire est activement et dynamiquement reconstruite par nos goûts, nos intérêts et notre imagination".

Des raisons supplémentaires d'être prudent face aux souvenirs historiques si on veut les penser en tant que récit d'un passé au lieu de récit présent d'un passé passé ! Le témoignage doit être lu autant pour l'époque sur laquelle il porte que sur l'époque de sa formulation : ne pas considérer ensemble ces deux données revient à se placer en situation de produire du faux sens.

à lire aussi, dans le même dossier (p.22),
« La perception, une lecture du monde » de J-F Dortier (p.22)



 

Rédigé le 07/09/2007 à 17:46 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

La mémoire est essentiellement émotionnelle

1062824propertyimagedata Le témoignage est une source toujours délicate à manier en histoire. Il ne dit pas les faits. Mais il témoigne, précisément, du « ressenti » et devient une source historiographique pour l’étude de celui-ci et une explication des conséquences de l’événement.

« A l’aide de cette méthode, l’équipe de chercheurs du CHU de Bonn peut également observer ce qui se passe à l’intérieur de notre cerveau quand nous sommes tristes, furieux ou encore joyeux. Le système émotionnel joue un rôle très important sur ce qui doit être stocké dans notre mémoire à long terme. Les amygdales cérébrales sont particulièrement actives en ce moment. Elles facilitent le stockage des informations dans notre cerveau. Autrement dit, on a plus de facilités à se souvenir des événements chargés émotionnellement que des événements neutres. Seule une infime partie du flot d’informations que nous enregistrons chaque jour reste conservée dans notre mémoire à long terme. Pour cela, il faut que l’hippocampe et le para-hippocampe situé juste au-dessous soient activés en même temps. C’est notamment ce qui se passe lorsque nous sommes confrontés à un événement émotionnel important. Selon le docteur Markowitsch, cela pourrait s’expliquer par la biologie de l’évolution: "Pour pouvoir survivre, il nous est indispensable de retenir tous les événements négatifs qui nous sont arrivés. On doit pouvoir différencier nos ennemis de nos amis. C’est la raison pour laquelle notre cerveau traite en priorité les émotions négatives. Il est possible que les personnes souffrant de troubles cérébraux s’intéressent plus aux informations négatives et aient tendance à voir le monde de manière plus sombre. »

Source : http://www.arte.tv/fr/connaissance-decouverte/hippocrate/Archives/Hippocrate/1062366,CmC=1062402.html

Rédigé le 16/06/2007 à 10:36 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le syndrome des faux souvenirs

Dr_elizabeth_f_loftus"la mémoire est toujours prête à abandonner un vieux pan usé du passé en échange d’un morceau neuf et brillant qui rend son lustre à l’ensemble, donnant une impression d’ordre et de propreté."

"les souvenirs sont (…) une reconstitution permanente, un mélange créatif de faits et de fiction."

LOFTUS, Elisabeth – KETCHAM, Katherine, Le syndrome des faux souvenirs. Ces psys qui manipulent la mémoire. Editions Exergue, Paris, 1997 (1994) ; pages 23-24.

Rédigé le 09/06/2007 à 16:02 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

Geneviève Bréton

"Mon imagination et mon cœur gardent mieux le souvenir que ma mémoire n’en conserve le nom. - « Raisonne tes impressions, voilà tout », dit-elle. Voilà justement ce que je ne sais pas faire avec mon instinct d’artiste"

Geneviève Bréton, Journal, 1867-1871, 2 mai 1870.

Rédigé le 24/04/2007 à 09:11 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

Gérard Wacjman

"Les souvenirs ne sont pas la mémoire (...) c'est seulement ce dont on se souvient, ce dont quelqu'un se souvient. la mémoire a, elle, à porter au delà des souvenirs, ce dont personne ne se souvient, ce dont il est peut-être même impossible, humainement, de se souvenir".

cité par Régine Robin, in La mémoire saturée.

Rédigé le 11/04/2007 à 21:10 dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

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