Un Hors série qui mérite l’attention !
Dans le flot des publications sur le sujet, un numéro à ne pas manquer !
Grâce aux archives sonores de RTL, il nous
offre les témoignages des principaux acteurs, mais aussi d’anonymes (un
étudiant de Nanterre le 29 mars, les manifestants du 13 mai, d’étudiants,
ouvriers et syndicalistes les 16 et 17 mai), le fond sonore des manifestations…
Des témoignages « à chaud », bruts.
Et des articles intéressants, parmi lesquels :
p.15-17 : Au
commencement était l’ennui, par Michelle Zancarini-Fournel.
Mise en perspective historique simple et claire, accessible aux élèves de
Terminales, pour une lecture qui viendra compléter leur cours sur la période,
histoire de mieux la comprendre. Peu de risque de voir la question au bac, mais utile pour
éviter les remarques simplistes dans une copie sur la 5ème
République sous de Gaulle. Avec petite chronologie à l’appui.
p.22-24 : Un parfum de légende, par Isabelle Sommier
et Boris Gobille. Une analyse des
analyses sur Mai de 1968 à 2008 ; au-delà des étapes définies par les deux
auteurs, une manière intéressante de voir comment se construit le discours
historique quand ce sont les acteurs et témoins qui parlent de leur temps,
celui que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître !
p.30-34 : Un entretien avec Alain Renaut et Mathieu Potte-Bonneville ». Où il est dit
que Mai 68 fut un mouvement dont « la nature éruptive ne le prédisposait
guère à réfléchir à son propre sens » (Renaut) ;
à ce titre, il aurait été « action », laissant dans la tête des
acteurs et témoins des souvenirs plus ou moins forts, immédiats… mais demandant
forcément à être réfléchis a posteriori pour leur donner du sens, réflexion produisant des récits qui disent le passé
de façon rétroactive (retour à l’article d’I.Sommier
et Boris Gobille)… Jusqu’à imposer
un devoir de Mémoire sur 1968 ?
Alain Renaut en déduit que
« Mai 68 n’est véritablement devenu fécond que beaucoup plus tard, dans le
combat antitotalitaire à la fin des années 70 ». Potte-Bonneville lui fait écho quand il dit que Mai 68
fut un « mouvement démocratique qui s’ignore ». Peut-être ont-ils
raison, mais les deux philosophes ne nous parlent déjà plus de 1968 : ils
font l’histoire des dernières années 70 quand, dans un contexte de crise
économique et déclin du communisme, Mai prit un sens qui ne vaut que pour cette
période. De la même façon, il fut instrumentalisé par le Président Sarkozy à la
faveur d’un contexte nouveau. Du « souvenir » (les images de Mai)
dépourvu de sens aux « souvenirs tardifs » au parfum de légende des commentateurs ou contempteurs de 1978 à 2008
(cf. Sommier et Gobille) qui en donnent (peu
importe lequel), tout le décalage entre la Mémoire brute et le Devoir de Mémoire
fait ici surface.
p.43-45 : Aujourd’hui, le critère de réussite scolaire est le niveau d’études des
parents, interview de Jean Hébard. Une
bonne analyse par un historien qui fut aussi inspecteur général et qui explique
que la crise actuelle de l’école n’est pas l’héritage de Mai 1968 ; qu’il
faut aussi comparer ce qui est comparable. Je cite :
« en 1962, nous sommes 16% de ma
classe d’âge à nous présenter » au bac ; « sur 70 élèves de ma
troisième, seuls trois ont pu entrer en seconde. » Si on compare
« les 16% des candidats au bac de 1962 avec les 16% des meilleurs
d’aujourd’hui. Je garantis qu’ils en savent plus que nous à leur âge. »
Une évidence qui mérite d’être répétée tant elle est refusée !!!
Une analyse où se retrouvent des arguments que tous les enseignants
d’aujourd’hui comprennent pour être confrontés aux contradictions d’une société
qui veut l’excellence éducative tout en diffusant dans les médias
« exemples d’immoralité », de médiocrité (notamment linguistique !)
et d'augustes invicilités (entre Royal licenciements et Sarkoziennes complaisances !), une société qui se désole de la désaffection
des filières techniques ou de l’apprentissage mais qui ne reconnaît la
qualification qu’aux seuls diplômes !
p.88-91 : Une analyse de Vincent Duclert sur les rapports conflictuels entre
la gauche et Mai 68 (à travers, notamment, la rivalité Mendes France - Mitterrand). « Elle fit de même pendant longtemps avec la Commune,
l’affaire Dreyfus ou la guerre d’Algérie, autant d’événements qui ont placé la
gauche en face de la question sociale et de la question nationale. Et plutôt
dans le camp de l’ordre et de la répression ». Tout un programme !
p.92-95 : pour clore ce Hors Série, un entretien
à trois entre A-G Slama (penseur
libéral, 70 ans), C. Prochasson
(historien de gauche, 48 ans) et J. Vidal
(philosophe proche de la gauche radicale, 38 ans).
J’en tire les deux observations
suivantes :
« Pour vraiment analyser Mai 68, il faut conserver sa
dimension multiple et conrtadictoire » (C. Prochasson)
« Certains
leaders de Mai ne le sont devenus qu’a
posteriori, en devenant des entrepreneurs de la mémoire. Ces personnes ne sont pas représentatifs de ce que les individus lambda ont pu
dire, ressentir, vivre à ce moment là. De ce point de vue, il y a toute une
histoire souterraine de 68 à écrire… » (J. Vidal).
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