Souvenirs, Mémoire et Histoire

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Mémoire de 1870 en 1914

Souvenez à l'image de cette Une datant de 1913, la référence aux souvenirs de 1870 fut très présente dans les discours politiques et la presse durant l'été 1914. En retrouve-t-on la trace dans les lettres et carnets de guerre des soldats ? Et quel rôle joua cette mémoire ?

Seule une étude exhaustive permettrait une réponse assurée. Quelques sondages effectués par curiosité ont eu toutefois un premier résultat qui justifie le développement d'une réflexion plus approfondie. Contre toute attente, le souvenir de 1870 n'est pas majoritairement évoqué dans les écrits privés des mobilisés de 1914, en particulier dans les textes des simples soldats. A contrario, les récits de souvenirs publiés à partir de 1916, a fortiori entre 1918 et 1938, ont tendance à dire que cette mémoire de 70 était dans toutes les têtes en août 14. Ce décalage entre le non dit dans les textes de 14 et le certifié ultérieur a de nombreuses raisons cumulées que je cherche à recenser. Elles permettent de mieux saisir les différentes perceptions qu'il y eut du conflit et comment celles-ci ont évolué dans le temps.

Le travail en cours ne permet rien de plus qu'avancer des hypothèses. Les sondages effectués aident à les illustrer. Si vous connaissez un témoignage allant dans un sens ou dans l'autre, n'hésitez pas à me les signaler. Plus j'en ai, mieux c'est. Je cherche :
des textes de soldats écrits pendant l'été 1914 faisant ou pas référence à 1870.
des récits de souvenirs d'anciens combattants, rédigés entre 1918 et 1938 faisant de même.

D'avance, merci.

Rédigé le 19/06/2009 à 11:19 dans Projets | Lien permanent | Commentaires (0)

Huysmans et la guerre de 1870

Arton646Joris-Karl Huysmans avait 22 ans en 1870. Incorporé au 6ème bataillon des mobiles de la Seine, il participa brièvement à la guerre ! Victime de dysenterie, il fut dès le début août évacué vers l'hôpital d'Evreux.

De la mobilisation puis de son expérience hospitalière, il garda quelques souvenirs qu'il rédigea sous les titres de le chant du départ, la léproserie et Chalons.

Ces trois petits textes ont servis pour l'écriture de Sac au dos, petite nouvelle dont il publia deux versions, en 1877-1878 pour la première, en 1880 pour la seconde dans le cadre des Soirées de Médan.

Au delà de l'aspect strictement littéraire et de la construction d'une oeuvre de fiction, ces textes méritent d'être comparés par l'historien dans la mesure où les premiers apparaissent dans leur forme comme dans leur contenu comme des récits de souvenirs. A ce titre, on peut considérer que les trois premiers jets publiés en 2005 aux éditions R Laffont, sont d'authentiques souvenirs de guerre.

Sac au dos n'a pas cette prétention. Ce texte est une construction littéraire. Le réalisme du récit et l'utilisation de témoignages authentiques ne lui confèrent pas moins une aura de texte exprimant une "vérité historique". Sa biographe s'y laisserait même prendre ! Cette ambition historiographique, Huysmans ne la renierait sans doute pas tant il apparaît que son récit entend bien faire passer quelques messages pacifistes et dénoncer une guerre inepte autant que cruelle. Sur ce point, sa démarche n'est pas très différente de celle suivie par les anciens combattants de l'époque qui publient leurs souvenirs. Et c'est là que surgit tout l'intérêt des textes de Huysmans pour l'historien des souvenirs.

En effet, la comparaison des trois versions (les souvenirs initiaux, celle de 1878 puis celle de 1880) avec des témoignages de soldats écrits à chaud (dès 1870) ou plus tardivement fait apparaître des évolutions du même type dans l'écriture de l'histoire. De récits strictement descriptifs et peu disert en commentaires écrits à chaud, les souvenirs tardifs s'écrivent de façon moins impressionnistes, plus précis dans les références historiques impersonnelles et plus expressives en termes de jugements de valeurs ou remarques donnant sens aux souvenirs initiaux. Les textes de Huysmans font apparaître les mêmes évolutions, celles qui conduisent les mémorialistes à passer eux mêmes du récit du vécu au devoir de mémoire qu'ils entendent s'imposer, via le devoir de rendre hommage bien souvent.

Pour disposer de l'intégrale de tous les textes, voir Romans 1 aux éditions R. Laffont, 2005.
Les versions de 1878 et 1880 sont disponibles en ligne sur le site consacré à Huysmans.
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Texte de 1880 disponible aussi en collection librio pour 2 € !

Prochainement, quelques analyses plus détaillées sur mon site !




Rédigé le 23/04/2008 à 10:47 dans Projets | Lien permanent | Commentaires (0)

Ressentiment et Histoire

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Marc Ferro, Le ressentiment dans l’histoire. Paris, Odile Jacob, 2007.

L’historien nous propose une enquête un peu décevante dans la mesure où elle n’est qu’un tour d’horizon d’exemples, une étude de cas rapidement ébauchés et trop différents les uns les autres (sont évoqués pêle-mêle ressentiments individuels et collectifs, millénaires ou de courts termes…) pour satisfaire pleinement l’esprit.

Mais l’ouvrage offre de nombreuses pistes de réflexions sur lesquelles chacun, dans le cadre de ses recherches spécifiques, peut travailler.

La débâcle de 1870, l’insurrection du 18 mars 1871 et la violence de la semaine sanglante, événements vus à travers les témoignages des contemporains, font justement apparaître d’importantes manifestations de ressentiment. La question peut alors être posée de leur incidence sur le cours des événements qui marquèrent l’année terrible.

Le ressentiment est le « fait de ressentir avec animosité des torts qu’on a subis (comme si on les sentait encore) » dit le Robert.

Dans le Guide des émotions, Michelle Larivey précise qu’il « résulte d'une colère avortée et s'applique à un événement qui est terminé. Cet événement peut être récent ou appartenir à un passé lointain. » Et d’ajouter encore : « le ressentiment est une expérience qu'on pourrait qualifier de "vivante". En effet, la personne qui l'éprouve conserve précieusement sa colère et va même jusqu'à la cultiver en ramenant à sa mémoire les faits qui l'ont déclenchée. »

Par définition, le ressentiment s’appuie donc avant tout sur le récit d’un souvenir (il puise sa source dans un passé) et il s’inscrit dans la mémoire de celui qui l’entretient ou la rumine (il évoque un ressenti présent).

Marc Angenot le signalait déjà en 1996 dans Les idéologies du ressentiment : celui-ci relève d’une attitude « qui se caractérise par une accumulation de griefs et par un volontarisme (…) qui alimente les diverses formes de discrimination et de conflictualités sociales. »

À ce titre, le ressentiment est une réalité importante dans la mesure où elle peut être facteur de ré-actions, ré-voltes, ré-volutions ainsi que l’illustre Marc Ferro. Ce ressentiment est très présent dans les foules qui agitent Paris le 18 mars ou le 28 mai 1871. Dans quelle mesure a-t-il facilité le succès inattendu de l’insurrection de la mi mars ; puis généré la terrible violence perpétrée fin mai ?

Pas question de faire du ressentiment une explication déterminante de la Commune et de sa répression ; il y a moyen, cependant, d’y voir un facteur favorable.

Mais le sujet mérite plus amples développements… à suivre !!!…



Rédigé le 07/10/2007 à 13:58 dans Projets | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Histoire d'un souvenir ?

Charge_de_mosbronn_1 La version définitive du tableau d'Edouard Detaille : les cuirassiers de la brigade Michel arrêtés par une barricade sont fusillés par les Prussiens réfugiés à l'étage des maisons.

Cette représentation "aménagée" et refaite par rapport à une première version mérite d'être comparée aux récits qui ont pu être faits de l'épisode et qui évoluent au fil du temps. Extraits - à compléter :

CHALUS (Adhémar de) 1882

« les escadrons désunis arrivent devant des lignes d’infanterie déployées qui les couvrent de balles. (…)

Les Prussiens garnissaient les vignes des deux côtés de la route, et commençaient à rentrer dans Morsbronn. Ils avaient eu le temps de barricader les points par où ce chemin conduit dans le village. Les cuirassiers et les lanciers se trouvèrent arrêtés pêle-mêle sur la route, et dans l’impossibilité de se servir de leurs armes. L’ennemi les fusillait à bout portant des vignes et des maisons voisines. C’était une horrible boucherie d’hommes et de chevaux.

Les obstacles sont cependant écartés par quelques hommes démontés. Les rares cavaliers encore à cheval se précipitent dans le village ; mais ils le trouvent entièrement réoccupés par les Prussiens qui garnissent les maisons, gardent toutes les issues. Des fenêtres partent des coups de fusil qui abattent les cuirassiers galopant au hasard à travers les rues. Dans l’espoir de s’échapper, ces braves cavaliers tentent des charges désespérées dans toutes les directions. Le colonel Waternau se met à la tête de chaque groupe qu’il rencontre, et se rue avec lui sur l’ennemi. Vains efforts, il n’y a plus à combattre ; tout le monde est tué, blessé, démonté ou pris. »

1/ Les Prussiens barricadent le chemin qui conduit à Morsbronn.

2/ Arrêtés, les Français se font tirer dessus depuis les vignes et les maisons

3/ Les rares survivants entrent dans Morsbronn et se font fusiller depuis les fenêtres.

Vers 1880, récit du capitaine Duval

Ils « atteignent le village de Morsbronn ; le 8ème Cuirassiers par l’est, le 9ème Cuirassiers et le 6ème Lanciers par l’ouest ; arrêtés par une espèce de barricade formée de brouettes et de chariots renversés, fusillés par les fenêtres des maisons qui bordent la route, nos cavaliers s’entassent, se bousculent presque jusqu’à ce que des hommes à pied fassent le passage ; les fantassins allemands sont sabrés, le village est nettoyé et la charge est poursuivie par le 9ème Cuirassiers et les Lanciers jusque vers Durrenbach et Walbourg, renversant tout ce qu’ils rencontrent. De ces cinq escadrons il ne revint que quelques hommes. »

1/ les Français atteignent Morsbronn et sont arrêtés par une barricade de brouettes et chriots.

2/ Ils sont fusillés des fenêtres qui brodent la route.

3/ Les français nettoient le village.

Ce deuxième récit semble confirmer que la barricade est sur la route et non dans le village et qu’elle barre l’entrée de Morsbronn dans lequel les Français entrent ensuite.

1889, Anonyme

L’autre partie avait pénétré dans le village où elle était fusillée à bout portant par les deux compagnies qui l’occupaient et qui avaient garni aussitôt les maisons pendant que les cuirassiers s’entassaient devant une barricade élevée à

la hâte. Ils

furent massacrés là sans défense, tirés de si près que la flamme des coups de fusil brûlait les tuniques et qu’un officier put atteindre d’un coup de pointe un capitaine prussien qui venait de décharger sur lui son revolver par la fenêtre d’un rez-de-chaussée.

Le 9ème cuirassiers qui avait appuyé à droite, pensant trouver meilleur champ, tomba sur la gauche de la ligne prussienne où une compagnie de pionniers s’était groupée en masse. Ces pionniers furent sabrés et renversés, mais la charge, donnant de front sur les vignes et les enclos du village, vint à son tour s’engloutir dans les rues. Une petite partie seulement le contourna, et mêlée aux débris de tout ce qui avait pu ressortir, ils se jetèrent vers Dürrenbach, poursuivis de tous côtés par les feux rapides .

1/ Les Français entrent dans le village et y sont fusillés depuis les fenêtres.

2/ La barricade est dans le village.

3/ Les Prussiens sont tout près, à portée de « pointe ».

Le récit s’épaissit et le drame se déplace dans le village. La scène est conforme au tableau de Detaille à une donnée près : les Prussiens sont au rez-de-chaussée, à portée de pointe.

1900, Rousset

« ils parviennent néanmoins à passer dans les intervalles des troupes et à aborder le village, long couloir bordé de maisons qu’on a reliées entre elles par des charrettes, et terminé par un monticule protège en avant une barricade construite à

la hâte. La

colonne une fois engouffrée dans cette rue y est fusillée à bout portant ; les balles qui la frappent en tous sens y creusent des vides énormes; elle avance toujours et ne s’arrête que devant la barricade, où les cavaliers, culbutant les uns sur les autres, viennent s’entasser pêle-mêle en un fouillis sanglant. Quelques pelotons ont essayé de tourner le village ; foudroyés par le 80ème régiment prus­sien, ils sont également décimés. Un quart d’heure à peine s’est écoulé et de ces deux beaux régiments, il ne reste déjà plus une seule unité constituée. Le colonel Waternau, qui cherche à réunir les groupes épars du 9ème, a son cheval tué sous lui. Le maréchal des logis chef Mansart lui donne le sien. Le colonel peut alors masser les débris de son régiment et tenter une sortie par l’extrémité sud du village. Mais il échoue, et dé­monté une seconde fois, il reste au pouvoir de l’ennemi ainsi que le sous-officier qui vient de se dévouer si coura­geusement.

/ Les Français entrent dans le village.

2/ Ils sont guidés et arrêtés par tout un réseau de barricades ; la dernière n’est qu’un monticule.

3/ Les cavaliers sont décimés par les Prussiens.

La encore, le récit a pris de l’épaisseur ; il reprend celui de Wachter mais la barricade se démultiplie malgré la concession faite à « la hâte » de sa mise en place peu crédible au demeurant  !

à suivre ????

Rédigé le 13/04/2006 à 18:34 dans Projets | Lien permanent | Commentaires (0)

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