La version définitive du tableau d'Edouard Detaille : les cuirassiers de la brigade Michel arrêtés par une barricade sont fusillés par les Prussiens réfugiés à l'étage des maisons.
Cette représentation "aménagée" et refaite par rapport à une première version mérite d'être comparée aux récits qui ont pu être faits de l'épisode et qui évoluent au fil du temps. Extraits - à compléter :
CHALUS (Adhémar de) 1882
« les escadrons désunis arrivent devant des lignes d’infanterie déployées qui les couvrent de balles. (…)
Les Prussiens garnissaient les vignes des deux côtés de la route, et commençaient à rentrer dans Morsbronn. Ils avaient eu le temps de barricader les points par où ce chemin conduit dans le village. Les cuirassiers et les lanciers se trouvèrent arrêtés pêle-mêle sur la route, et dans l’impossibilité de se servir de leurs armes. L’ennemi les fusillait à bout portant des vignes et des maisons voisines. C’était une horrible boucherie d’hommes et de chevaux.
Les obstacles sont cependant écartés par quelques hommes démontés. Les rares cavaliers encore à cheval se précipitent dans le village ; mais ils le trouvent entièrement réoccupés par les Prussiens qui garnissent les maisons, gardent toutes les issues. Des fenêtres partent des coups de fusil qui abattent les cuirassiers galopant au hasard à travers les rues. Dans l’espoir de s’échapper, ces braves cavaliers tentent des charges désespérées dans toutes les directions. Le colonel Waternau se met à la tête de chaque groupe qu’il rencontre, et se rue avec lui sur l’ennemi. Vains efforts, il n’y a plus à combattre ; tout le monde est tué, blessé, démonté ou pris. »
1/ Les Prussiens barricadent le chemin qui conduit à Morsbronn.
2/ Arrêtés, les Français se font tirer dessus depuis les vignes et les maisons
3/ Les rares survivants entrent dans Morsbronn et se font fusiller depuis les fenêtres.
Vers 1880, récit du capitaine Duval
Ils « atteignent le village de Morsbronn ; le 8ème Cuirassiers par l’est, le 9ème Cuirassiers et le 6ème Lanciers par l’ouest ; arrêtés par une espèce de barricade formée de brouettes et de chariots renversés, fusillés par les fenêtres des maisons qui bordent la route, nos cavaliers s’entassent, se bousculent presque jusqu’à ce que des hommes à pied fassent le passage ; les fantassins allemands sont sabrés, le village est nettoyé et la charge est poursuivie par le 9ème Cuirassiers et les Lanciers jusque vers Durrenbach et Walbourg, renversant tout ce qu’ils rencontrent. De ces cinq escadrons il ne revint que quelques hommes. »
1/ les Français atteignent Morsbronn et sont arrêtés par une barricade de brouettes et chriots.
2/ Ils sont fusillés des fenêtres qui brodent la route.
3/ Les français nettoient le village.
Ce deuxième récit semble confirmer que la barricade est sur la route et non dans le village et qu’elle barre l’entrée de Morsbronn dans lequel les Français entrent ensuite.
1889, Anonyme
L’autre partie avait pénétré dans le village où elle était fusillée à bout portant par les deux compagnies qui l’occupaient et qui avaient garni aussitôt les maisons pendant que les cuirassiers s’entassaient devant une barricade élevée à la hâte. Ils
furent massacrés là sans défense, tirés de si près que la flamme des coups de fusil brûlait les tuniques et qu’un officier put atteindre d’un coup de pointe un capitaine prussien qui venait de décharger sur lui son revolver par la fenêtre d’un rez-de-chaussée.
Le 9ème cuirassiers qui avait appuyé à droite, pensant trouver meilleur champ, tomba sur la gauche de la ligne prussienne où une compagnie de pionniers s’était groupée en masse. Ces pionniers furent sabrés et renversés, mais la charge, donnant de front sur les vignes et les enclos du village, vint à son tour s’engloutir dans les rues. Une petite partie seulement le contourna, et mêlée aux débris de tout ce qui avait pu ressortir, ils se jetèrent vers Dürrenbach, poursuivis de tous côtés par les feux rapides .
1/ Les Français entrent dans le village et y sont fusillés depuis les fenêtres.
2/ La barricade est dans le village.
3/ Les Prussiens sont tout près, à portée de « pointe ».
Le récit s’épaissit et le drame se déplace dans le village. La scène est conforme au tableau de Detaille à une donnée près : les Prussiens sont au rez-de-chaussée, à portée de pointe.
1900, Rousset
« ils parviennent néanmoins à passer dans les intervalles des troupes et à aborder le village, long couloir bordé de maisons qu’on a reliées entre elles par des charrettes, et terminé par un monticule protège en avant une barricade construite à la hâte. La
colonne une fois engouffrée dans cette rue y est fusillée à bout portant ; les balles qui la frappent en tous sens y creusent des vides énormes; elle avance toujours et ne s’arrête que devant la barricade, où les cavaliers, culbutant les uns sur les autres, viennent s’entasser pêle-mêle en un fouillis sanglant. Quelques pelotons ont essayé de tourner le village ; foudroyés par le 80ème régiment prussien, ils sont également décimés. Un quart d’heure à peine s’est écoulé et de ces deux beaux régiments, il ne reste déjà plus une seule unité constituée. Le colonel Waternau, qui cherche à réunir les groupes épars du 9ème, a son cheval tué sous lui. Le maréchal des logis chef Mansart lui donne le sien. Le colonel peut alors masser les débris de son régiment et tenter une sortie par l’extrémité sud du village. Mais il échoue, et démonté une seconde fois, il reste au pouvoir de l’ennemi ainsi que le sous-officier qui vient de se dévouer si courageusement.
/ Les Français entrent dans le village.
2/ Ils sont guidés et arrêtés par tout un réseau de barricades ; la dernière n’est qu’un monticule.
3/ Les cavaliers sont décimés par les Prussiens.
La encore, le récit a pris de l’épaisseur ; il reprend celui de Wachter mais la barricade se démultiplie malgré la concession faite à « la hâte » de sa mise en place peu crédible au demeurant !
à suivre ????
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